Instituto Puertorriqueño de Relaciones Internacionales

Actualités IPRI | Quatrième Commission des Nations Unies | Octobre 2026 | Français

250 ans d'indépendance et d'occupation illégitime

Auteur: Kevin Miguel Rivera-Medina

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Alors que les États-Unis célèbrent le 250e anniversaire de leur Déclaration d’indépendance, les générations qui ont suivi ont bien vite oublié la liste des griefs qu’elle contenait ; elles ont reproduit — voire aggravé — ces mêmes agissements sur des territoires occupés de manière illégitime.

À cela s’ajoute le fait que, depuis 125 ans, les nouvelles colonies américaines — pudiquement qualifiées de « territoires non incorporés » — sont régies par les « affaires insulaires » (*Insular Cases*). Il s’agit d’une série de décisions de la Cour suprême des États-Unis définissant la légalité du système colonial au regard de la Constitution américaine, tout en s’appuyant sur des idées racistes, des principes de suprématie et une conception impérialiste des plus grossières. Il va sans dire que ces pratiques ne répondent nullement aux critères du droit international.

Si l’on relit les 27 griefs énoncés dans la Déclaration, on constate que la quasi-totalité d’entre eux — auxquels on pourrait en ajouter des dizaines d’autres — caractérisent aujourd’hui encore la relation coloniale avec Porto Rico. Cette situation est exacerbée par un Conseil fédéral de contrôle budgétaire qui, sans l’aval du peuple — et même contre sa volonté —, prend les décisions concernant notre pays.

Les États-Unis entravent l’administration de la justice en refusant de valider des lois adoptées localement. Ils maintiennent des armées, cantonnent des troupes et déploient des équipements militaires lourds sur notre sol sans notre consentement, nous exposant à de graves risques du fait des manœuvres militaires aberrantes qu’ils mènent dans les Caraïbes. Ils restreignent nos échanges commerciaux avec le reste du monde. Ce Conseil fédéral décide de nos impôts, suspend l’exercice légitime de nos instances législatives et décide à notre place. Il nous appauvrit, détruit notre université, accapare nos terres au profit d’ultra-riches étrangers et saigne à blanc les régimes de retraite de nos aînés. Il a provoqué l’exil d’une grande partie de notre population et favorise la gentrification.

Se rebeller contre un empire aussi puissant n’est pas chose aisée, mais nous avons résisté. Il est temps que soient reconnus, à l’échelle internationale, le droit de Porto Rico à l’indépendance et à l’autodétermination face à la tyrannie coloniale, afin de pouvoir, depuis cette terre antillaise, caribéenne et latino-américaine, célébrer notre Déclaration d’indépendance.

ICE à Puerto Rico

Auteur: Steven Lausell

Photo gracieuseté de Colectiva Feminista en Construcción

Les pratiques xénophobes et racistes auxquelles le gouvernement des États-Unis a de plus en plus souvent recours à l’encontre des communautés migrantes sont ressenties différemment à Porto Rico. Le Service de l’immigration et des douanes (ICE) continue de procéder à des arrestations discriminatoires et arbitraires visant, entre autres, des membres des communautés dominicaines et haïtiennes de l’île. En employant des tactiques d’une violence extrême, des agents de l’ICE, le visage dissimulé et sans signe distinctif d’identification, cherchent à semer la terreur au sein de nos communautés migrantes.

La grande ironie réside dans le fait que ces interventions sont menées à Porto Rico par une puissance coloniale étrangère et lointaine, à l’encontre de communautés majoritairement caribéennes et latino-américaines. Le peuple portoricain partage des liens culturels, sociaux et historiques étroits avec les autres populations de la Grande Caraïbe. Au fil des siècles, nos populations ont cohabité et se sont métissées, tissant ainsi des liens de solidarité et de fraternité. Face à cet usage brutal du pouvoir colonial exercé par les États-Unis, on est en droit de se demander : qui est celui qui, en réalité, n’a pas sa place à Porto Rico ?

Références supplémentaires
https://elpais.com/us/migracion/2026-08-05/una-detencion-pone-en-la-mira-un-acuerdo-opaco-entre-el-gobierno-de-puerto-rico-y-el-ice-para-compartir-informacion-de-migrantes.html

https://www.diariolibre.com/usa/actualidad/2026/07/09/detenciones-violentas-del-ice-en-puerto-rico-exigen-retirada/3594725

Les conditions de vie des Portoricains se détériorent

Auteure: Olga Sanabria

Les conditions de vie dans ce territoire des États-Unis situé dans les Caraïbes se sont rapidement dégradées ces dernières années, et plus particulièrement ces derniers mois. Actuellement, cela se traduit par de graves difficultés d’accès à l’eau et à l’électricité pour la population.

En septembre, en raison d’interruptions de ces deux services, des centaines de milliers de familles — tant en milieu urbain que rural — se sont retrouvées par intermittence privées d’eau et/ou d’électricité. Ces familles sont contraintes de dépendre de camions-citernes qu’elles paient, de réservoirs fournis de manière irrégulière par le gouvernement, ou de l’achat de bonbonnes d’eau en supermarché. Dans les zones situées en altitude, les coupures d’électricité sont à l’origine de pénuries d’eau, tout en affectant la vie quotidienne, l’hygiène et la viabilité des entreprises, notamment des restaurants. Les familles monoparentales avec enfants ainsi que les personnes âgées sont particulièrement touchées.

De plus en plus de personnes sont livrées à elles-mêmes pour répondre à des besoins que le gouvernement colonial — ou tout gouvernement digne de ce nom — devrait prendre en charge. Les coupures d’électricité et les interruptions de distribution d’eau, bien que planifiées, restent imprévisibles. Parallèlement, on estime que plus de 50 % de l’eau potable produite est perdue en raison de fuites et d’autres défaillances du réseau de distribution.

Concernant l’électricité, les citoyens ont recours à l’achat de groupes électrogènes, à l’installation de panneaux solaires et à d’autres solutions coûteuses. La détérioration drastique de ce service essentiel s’explique notamment par le renouvellement du personnel technique, qualifié et d’encadrement, conséquence d’une privatisation initiée il y a plusieurs années sous l’impulsion du Conseil de surveillance fiscale (Junta de Supervisión Fiscal), qui contrôle les finances publiques de Porto Rico depuis dix ans.

Pour ces deux services — eau et électricité —, les problèmes découlent de l’abandon des infrastructures, de la détérioration naturelle et négligée des équipements, des changements incessants de direction (souvent liés à la politique partisane), des réductions d’effectifs, de la corruption et d’intérêts privés. Il convient de noter que de graves irrégularités ont récemment été mises au jour concernant un contrat se chiffrant en milliards de dollars pour la fourniture d’électricité d’urgence.

Par ailleurs, une hausse du coût de l’énergie vient d’être annoncée ; celui-ci atteindra un niveau sans précédent, obligeant une partie de la population à choisir entre l’électricité et l’éclairage d’une part, et la nourriture d’autre part — un dilemme auquel elle est déjà fréquemment confrontée.

La situation concernant ces services, ainsi que d’autres problèmes, a suscité une mobilisation constante pour exiger une intervention du gouvernement ; toutefois, la réponse apportée a été lente, insuffisante et dénuée de sensibilité. Ces difficultés s’ajoutent à celles qui affectent déjà les secteurs de l’éducation, de la santé, des retraites et de l’université publique, problèmes largement imputables aux coupes budgétaires imposées au gouvernement de la colonie par le Conseil de surveillance fiscale.

Esencia, c'est non ! Moncayo, Dorado Waterfalls et ORA World non plus !

Auteure: Estelí Capote – Maldonado

L’administration coloniale en place, dirigée par Jeniffer González et soutenue par le gouvernement de l’homme d’affaires de l’immobilier et président américain Donald Trump, a entrepris un démantèlement accéléré des structures gouvernementales, juridiques et d’aménagement du territoire. L’objectif affiché : ouvrir la voie à au moins quatre mégaprojets résidentiels de luxe destinés aux étrangers — Esencia (Cabo Rojo), Moncayo (Fajardo), Dorado Waterfalls et Ora World (Loíza) — tous situés au sein de réserves naturelles à haute valeur écologique.

Cette offensive s’opère par l’affaiblissement de la Loi sur les permis (Loi 161-2009) et du Règlement conjoint, transformant l’OGPe en un guichet d’approbation expéditive qui contourne les évaluations environnementales rigoureuses du DRNA. Par le biais de « consultations de localisation », des terrains ruraux protégés et la zone maritime-terrestre sont requalifiés au profit du capital privé.

Pour réduire au silence la résistance des communautés, les réformes législatives imposent des obstacles judiciaires écrasants : elles exigent des cautions se chiffrant en millions — équivalant à 10 % du coût total du projet — pour solliciter des injonctions visant à stopper des travaux destructeurs, tout en restreignant la recevabilité des recours en justice.

Favorisée par les exonérations fiscales de la Loi 60, cette réforme ne vise pas l’efficacité, mais l’institutionnalisation de la spoliation : raccourcir les délais d’évaluation, étouffer la contestation citoyenne par des cautions inaccessibles et privatiser de manière irréversible les réserves et les côtes de Porto Rico.

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